Bien entendre, c'est mieux vivre !
La rééducation de l’écoute
Lorsqu’on fait face à une surdité évolutive, on aurait tendance à déprimer (ce qui était bien mon cas !). On ne sait jamais jusqu’à quel seuil dans la surdité notre destin nous amènera et c’est extrêmement difficile de rester confiant·e alors que l’on est confronté·e à des difficultés de compréhension et de communication toujours plus importantes.
A toute personne confrontée à des pertes auditives, j’ai toujours conseillé de continuer à faire travailler son cerveau, à continuer l’écoute de la musique ou de la radio, même si le plaisir n’est plus tout à fait le même.

Aujourd’hui, grâce à des aides techniques (casques audio, Bluetooth, mini-micros, etc.), il est possible d’amener le son directement dans les appareils auditifs ce qui rend l’écoute plus confortable. Les pertes en volume et en discrimination auditive (habileté qui permet de distinguer les similarités et différences entre les sons, les mots) en raison de la distance entre la source sonore et les appareils de correction auditive sont ainsi supprimées. La technologie permet d’adapter les graves et aigus selon ses besoins. Dans des familles touchées par des surdités d’origine génétique où l’on peut prédire avec une grande probabilité l’évolution de la maladie, c’est essentiel d’encourager l’individu touché par les pertes auditives de persévérer dans la rééducation de l’écoute.
C’est grâce à ma dernière audioprothésiste, spécialisée dans des exercices de rééducation de l’écoute, que j’ai pris conscience que ma motivation et mon engagement personnel et constant avaient joué en ma faveur lorsque le moment de la rééducation avec l’implant cochléaire était arrivé. J’avais déjà acquis les bonnes habitudes et dès le premier soir, à mon retour à la maison, je me suis employée à « tester » des sons et des bruits. C’est phénoménal, tous les sons et bruits que notre cerveau enregistre tout au long de la journée. Avec le processeur vocal, les sons étaient très différents ou même inaudibles dans les premiers temps. Au fur et à mesure que les réglages avaient permis d’augmenter le volume, il m’était de plus en plus facile de reconnaître les sources de bruits. La fatigue devenait moins importante du fait que le cerveau était de moins en moins aux aguets pour identifier les sons et l’origine des bruits. Puis, le plaisir de ré-entendre valait toutes les fatigues !!
Dans mon cas, les acouphènes sont mes compagnons de vie depuis plusieurs décennies. Chaque année, lorsque ma surdité de perception avait évolué, les acouphènes sont devenus de plus en plus insupportables. L’implantation cochléaire a apporté un net mieux-être, mais lorsque je suis trop fatiguée (et parfois sans aucune raison explicable), ils peuvent revenir sur le devant de ma conscience et me gêner plus que d’autres jours où je vis très bien avec les acouphènes. C’est ainsi que j’ai appris que l’écoute d’une musique douce me permet souvent de détourner l’attention de mon cerveau de ces bruits parasites. La lecture me permet aussi d’y échapper, mais bien sûr, il faut que ce soit quelque chose de réellement intéressant pour capter mon attention. C’est une autre forme de rééducation qui s’avère bien utile lorsqu’on est en souffrance à cause des vacarmes dans la tête.

